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"C'est nul de vider l'appartement de quelqu'un"

Et quand on a dit ça, faut s’y mettre quand même, sinon il ne se passera rien.

C’est la deuxième fois que ça arrive en 3 ans.

Une chose : faites des enfants et faites en sorte qu’ils ne soient pas trop loin et qu’ils aient de bon rapports avec vous afin d’éviter à des gens plus éloignés voire des personnes étrangères à la famille d’avoir à faire tout le boulot, genre :

- Découvrir le corps de nombreuses heures après le décès

- Subir les récriminations des voisins pour l’odeur

- Appeler les pompes funèbres qui en tout premier lieux demandent « qui va payer ? »

- Choisir dans l’armoire des vêtements corrects alors qu’on ne sait même pas où sont rangées les affaires

- Savoir si la cérémonie sera religieuse ou pas

- Fouiller partout pour trouver les documents relatifs à : la banque, la voiture, le paiement de la retraite, le loyer, les factures … *je pense que je devrais faire un guide pratique, je suis au top*

Les meubles, la vaisselle, les vêtements, tout ça va disparaître au profit de personnes nécessiteuses, il ne restera rien. Quelques objets souvenirs que je garderai parce que je les ai toujours vus et qui finiront dans quelques années avec ceux prélevés lorsqu’il a fallu débarrasser la maison de ma grand-mère, dans un carton « souvenirs » ou « vide-grenier ».

Un travail de déménageur pour rendre les clés parce qu’hériter veut dire aussi payer à la place.

L’intime aussi : les courriers, les objets préférés, les souvenirs, le répertoire téléphonique. Toutes ces choses très personnelles mais qui ne sont personnelles que pour lui. Qui partiront dans la poubelle.

Seuls vont rester : des papiers d’identités et administratifs et puis un tas de photos, qu’il faudra regarder plus tard. Certaines, nous les avons déjà, d’autres représentent des personnes que nous ne connaissons pas et puis il y a les plus anciennes, qui témoignent du passage des morts précédents.

Et ce truc particulier, complètement déconnecté du deuil : le contenu du réfrigérateur.

Ouvrir une bouteille entre deux cartons à remplir. Pour se donner du courage ou pour avoir la confirmation que la vie continue pour les autres et qu’on ne peut rien y faire.

Les souvenirs que je garde n’ont rien à voir avec tous ces objets. Ils sont liés aux sensations éprouvées lors de promenades en bateau (expériences personnelles très désagréables mais collectivement différentes) et l’odeur du papier journal sur lequel était noté dans la marge les précieux numéros du tiercé généralement perdu.

Regarder autour de moi et me dire que toutes les choses de ma vie actuelle se retrouveront dans une poubelle à leur tour.

Que ce jeu de me débarrasser de 50% de mes affaires a un sens plus important que je ne crois.

Que ma vie est déjà suffisamment encombrée pour être encombrée par celle des autres.

Que mes filles ne seront pas mieux pourvues devant ce tas de trucs qu’une personne étrangère et qu’il n’est même pas sûr qu’elles trouvent tant de souvenirs que ça, normalement elles devraient les avoir emmenées avec elles. Et moi avoir évolué après, d’où la distance tout à fait normale qui se creuse juste par le passage du temps.

Chez mon oncle, j’ai trouvé quelques objets qui raviront un ami. Je suis contente de savoir qu’ils vont être appréciés par quelqu’un à la valeur qu’il leur donnait. En tout cas mieux que par moi qui ne les auraient pas gardés.