J’ai commencé à écrire ce post le 1er juillet, très en colère contre un livre que j’étais en train de lire et que j’avais décidé d’abandonner à la centième page s’il ne s’y passait rien de mieux. Ce livre m’a accompagné à la clinique et du coup … je suis en train de le terminer, je vous en parlerai bientôt mais ma colère est toujours la même.

Lundi 3 juillet, un grand jour, parmi d’autres, dans le cheminement d’une vie en accord avec moi-même.

Il y a des choses importantes que j’ai été habituée à négliger et notamment celle-ci : je dois adapter mon environnement à ma vie et non m’adapter à mon environnement. C’est valable dans tous les domaines. Bien entendu pour certaines choses c’est plus facile que pour d’autres. Par exemple acheter des produits locaux ou bio, ne plus manger de céréales, de produits laitiers ou de produits transformés est plus facile que quitter son travail ou déménager, mais chaque pas est important. La satisfaction des premiers efforts permet de s’atteler à des choses plus difficiles. On peut aussi faire un pas en arrière, renoncer parce que finalement on s’est trompé, ce n’est pas comme ça qu’on voyait les choses.

Parmi tout ce à quoi je passe mon temps à m’adapter, il y a la contraception. Avaler tous les jours un médicament pour ne pas être enceinte. TOUS LES JOURS. Comme si je pouvais être enceinte tous les jours. Comme si mon corps avait besoin d’ingurgiter de la chimie tous les jours pour éviter l’éventualité qu’un spermatozoïde rencontre mon ovule (je te laisse faire tes statistiques personnelles toi qui me lis).

On parle de quoi ? De liberté ? De sécurité ? Ou bien de disponibilité sexuelle ? Mon propos n’est pas de remettre en cause l’invention de la pilule et les progrès qu’elle a apporté dans la vie des femmes, j’essaie juste de rappeler qu’on est 2017 et que cette invention date donc d’il y a 60 ans.

La liberté et la sécurité, dans tous les domaines, c’est d’abord dans la tête, pas dans un cachet. Est-on libre lorsqu’on doit avaler ça tous les jours ? Est-ce qu’on est en sécurité lorsqu’on doit recompter la plaquette parce qu’on ne se souvient plus ? Est-on libre quand on doit prévoir un budget mensuel pour ça ? Lorsqu’on doit demander tous les ans à son médecin l’autorisation d’avoir une vie sexuelle sans grossesse et faire la même demande tous les mois à son pharmacien ?

J’ai eu la chance d’avoir une pilule remboursée parce qu’elle a aussi un effet thérapeutique sur des syndromes prémenstruels envahissants. Est-ce qu’on t’a dit que ces syndromes arrêtaient de t’envahir lorsque tu laissais ton corps vivre en accord avec tes valeurs ? Et bien ça a marché pour moi : plus besoin de médicaments. Et comme je suis une nouille, j’ai perdu le lien …

Je te vois arriver, tu vas me dire que la pilule n’est pas la panacée. Oui, il y a d’autres moyens de contraception, je ne vais pas te faire la liste, tu la connais aussi bien que moi. Est-ce que tu as remarqué un truc concernant ce panel de moyens contraceptifs ? Ça ne concerne que le corps de la femme. Il est vrai que la grossesse se passe dans le corps de la femme, ça se voit. La paternité est tout à fait invisible.

Il fait quoi ton partenaire pour maîtriser ses spermatozoïdes ? Rien. Alors, je t’en prie, ne me sors pas les procédés médicaux qui existent, tu en connais qui les utilisent ? Bien entendu il y aura toujours un cas dans ton entourage ou mieux : quelqu’un qui connait quelqu’un. Mais il ne s’agit pas de comportement de masse.

Merci la recherche scientifique et les labos qui se gavent avec le porte-monnaie des femmes et leur santé. Après tout, la pilule n’est qu’un empoisonnement qui ne fait pas de vagues, comme la malbouffe. Sauf si tu écoutes un peu ce qui se passe au lieu de suivre le troupeau.

Une pilule pour les hommes ? Pourquoi faire ? Les femmes se sont toujours débrouillées. Et puis sérieusement, c’est pas très bon pour la santé d’avaler cette chimie. Alors lorsqu’elles ont commencé à ne plus vouloir risquer leur vie, voire être mutilée pour faire passer un enfant, n’étant pas sûres de mieux sauter que dans Manon des sources, et bien ces vieux messieurs de l’assemblée nationale ont décidé qu’elles pouvaient faire ce qu’elles voulaient de leur corps. Mais le fond ne change pas, il s’agit de se retrouver seule, à s’empoisonner seule, avec des petits pilules abortives à prendre seule, être hospitalisée seule (avec une copine qui te tient la main dans le meilleur des cas) mais toujours avec le regard non bienveillant de ceux qui ne sont pas concernés et l’impossibilité d’exprimer librement ses émotions. Même en 2017.

La sexualité est-elle un jeu au cours duquel on fait semblant de se reproduire ? C’est pas un peu mieux que ça ? Surtout pour la fille d’ailleurs. Parce qu’il y a une façon très simple de vivre une contraception gratuite, écologique, safe et sans contrôle de la société. Tout devient simple quand on est inventif. Heureusement que l’être humain est vivant, il évolue, s’instruit, apprend, son mode de vie change et changera encore. Ok, lorsque je dis ça, j’ai pas vraiment l’impression de parler du plus grand nombre mais je ne vais pas m’en désoler ici.

A un moment dans sa vie, une femme sait qu’elle n’aura plus d’enfants. Surtout si elle en a déjà eu. Et l’homme fait le même cheminement sauf que personne ne lui parle de sa date de péremption. La femme qui a déjà supporté les grossesses, les conseils foireux et leur contraire, les examens médicaux répétitifs, les gouzi gouzi, les odeurs de merde et de vomi, les rendez-vous avec la maîtresse et l’ignoble spectacle de fin d’année et bien ça la soulage de se dire que c’est fini tout ça maintenant, c’est une autre partie de la vie qui commence.

Le problème c’est que la pilule est toujours là, TOUS LES JOURS. C’est quoi ce délire ? La liberté ? Pardon, je m’étais égarée. La sécurité et la disponibilité. Moi je préfère les mots contrôle et tutelle. Je sais, c’en est trop, j’exagère (c'est toujours comme ça quand on paye ses rayures). C’est déjà bien de ne pas pondre des enfants tous les 9 mois.

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une fenêtre comme un polaroïd à l'envers

Lundi 3 juillet, une cœlioscopie a permis de mettre un coup de ciseau sur chacune de mes trompes (stérilisation tubaire est écrite sur le compte rendu). Mon ovule ne rencontrera jamais de spermatozoïde. Elle se biodégradera, comme elle l’a toujours fait tous les mois de ma vie depuis que j’ai 13 ans, sauf 2 fois. Rien ne change pour elle.

Pour moi tout change. Cette pression sur le fonctionnement de mon corps a disparu. Plus de contrôle, plus de demande, plus de budget, plus d’interrogations sur la présence ou l’absence de saignements.

Je te remercie, toi, le gynécologue obstétricien, avec qui j’ai pu échanger sur la façon dont les femmes sont traitées par la société, entre deux accouchements et un avortement, que tu pratiques en toute liberté de conscience.

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Acte mutilant ? Violent ? Irréversible ? Et le reste on appelle ça comment ? "Un heureux évènement". Alors prend ta pilule et tais-toi, je sais mieux que toi ce qui est bon pour toi, ne réfléchis pas, tu es en sécurité.

« Vous avez déjà des enfants, mais si vous rencontrez quelqu’un ? » - lorsque je me suis rassise sur ma chaise, je n’ai pas osé demander quel était le rapport entre être amoureuse et la fonction reproductive de mes ovaires. Il me faudrait exhiber un certificat mentionnant ma déficience ? A moins que je ne doive d’abord demander l’accord des autres membres de ma famille, qui n’ont jamais vu mes ovaires ni ressenti leur fonctionnement et pour 50% d’entre deux, n’ont jamais utilisé de moyen de contraception.

Comme beaucoup de femmes qui vont lire ces lignes, je sais aujourd’hui que je ne serai plus maman. Je le savais déjà depuis plusieurs années. Maintenant le sujet est clos. Je suis une femme qui a eu des enfants et je continue ma route avec eux.

http://www.cngof.asso.fr/D_TELE/brochure_sterilisation_BM.pdf