Sur-les-chemins-noirs

Sylvain Tesson est un personnage qui me fascine. Alors "personnage" n'est peut-être pas très élégant comme terme, mais les images qui sont données par les personnalités publiques ne reflètent jamais qu'une partie de cette personnalité justement.

Il représente le héros romantique vivant, pas celui des histoires. Et le héros romantique border line, qui se met en danger, qui est suicidaire, terriblement lucide sur la vacuité générale de ce qui nous entoure et terriblement humain.

J'ai découvert Sylvain Tesson lors de cet entretien sur France Culture. Depuis, c'est surtout sa fiche W** qui m'a renseignée et son passage à la Grande Librairie.

Après l'accident qui a failli lui coûter la vie et surtout le laisser gravement handicapé, sa force de volonté lui a permis de repartir à l'aventure, son aventure personnelle.

Les chemins noirs sont ces chemins que personne n'utilise plus, on l'on ne croise presque pas de vie animale. Chemins, sentiers non balisés où l'homme ne met plus le pied. Noirs, c'est à dire cachés de la civilisation et du "dispositif". Ces chemins où l'on retrouve la vie, celle où l'on se retrouve face à soi-même dans son humanité brute. Il y a quand même rencontré pas mal de monde je trouve !

Un extrait p91 :

"Je descendis vers le cours de la Truyère par un versant raide. La retenue des années 1960 avait inondé la vallée et la pièce d'eau exhalait sa clarté métallique. Un pont suspendu reliait les rives et je gagnait Pierrefort à la nuit tombante pour dormir dans une forêt escarpée à l'entrée de la ville. Ce fut une nuit étrange où je crus dix fois rouler au bas du versant, une nuit de rêves en pente. Pareille journée me comblait où j'avais échangé trois phrases avec un gardien de calvaire, épuisé mes forces sur un plateau de lumière et n'avais touché le goudron qu'à la nuit tombante. Une journée à verser au crédit de la disparition désirée, antidote contre la servitude volontaire."

Je compte bien poursuivre mes lectures en sa compagnie, mais surtout seule. Il va juste falloir en choisir 2 ou 3, pas plus.