ARRETE DE TE FORCER

Voici mon mantra depuis le 1er mars dernier.

Je n’ai jamais été particulièrement attirée par la psychologie et les psychologues en général, bien que mon amie d’enfance soit psy. Nous parlons souvent de nos comportements, mais c’est assez léger et j’ai souvent l’impression que nos conversations ne dépassent pas le niveau du café du commerce.

Mais cet automne, comme tu le sais certainement, il y a un truc qui m’a éclaté à la gueule. Un truc, qui au milieu des tourments de ma séparation et de tout le chamboulement de ma vie qui en a suivi, m’a paru vraiment déplacé et superflu. Mais il a bien fallu que je fasse avec, que je décide de ne pas l’ignorer et au contraire, relire ma vie à travers un nouvel éclairage qui a guidé chacun de mes pas et de mes choix depuis l’enfance.

En psychologie on appelle ça le faux-self, je te mets le lien parce que ça t’évitera de chercher sur G**, ce qui entraîne un phénomène de dépersonnalisation. Je ne rentrerai pas plus dans les détails, mais en gros, cela veut dire que depuis l’enfance, j’ai essayé d’entrer dans un costume qui ne convenait pas à ma personnalité afin de répondre aux attentes de la société et non à mon développement personnel. Je sais que cela est très abstrait mais c’est un peu comme lorsqu’on habille un singe avec des vêtements, il joue à l’être humain, ouvre la porte et sert le thé, mais bon, il y a bien des moments où ça déconne, non ? Dans mon cas, ça déconne au moins tous les jours depuis toujours et je n’ai jamais su pourquoi jusqu’à récemment. Parce que je ne savais pas que ce que je faisais pour donner le change était contre nature, en fait je n’ai jamais compris le sens de tout un tas de choses mais je me suis appliquée à m’y soumettre parce que c’était comme ça que ça devait se passer.

Avant l’automne dernier, quelques indices m’avaient alertés, que j’avais étouffés sous couvert de la culpabilité, principalement lors de la naissance de ma fille ainée : les cris du bébé semblent avoir un effet sur moi bien supérieur à  celui qu’il fait sur les autres personnes (et mamans). Encore aujourd’hui, entendre un bébé pleurer dans un magasin ou dans la rue, même si je sais que c’est normal qu’un bébé pleure puisqu’il n’a aucun autre moyen d’expression, est une agression d’une violence inouïe. Je sais aussi que cette agression n’est pas d’ordre psychologique mais physique (décibels) : ce qui est fort pour toi est encore plus fort pour moi. La seule chose qui me préoccupait lorsque mon bébé pleurait était de disparaître et mettre la plus grande distance possible entre nous afin d’arrêter d’être agressée par ce son, d’où une incapacité à faire ce qu’il faut pour arrêter les pleurs.

Un tas de choses sont « plus » pour moi que pour toi et j’en découvre de plus en plus. Pourquoi est-ce que je ne m’en rends pas compte ? D’abord parce que naïvement, j’ai toujours cru que ce que je pensais et ressentais, c’était pareil pour tout le monde. Non c’est faux, cela ne concerne que 2% de la population. Donc personne ne pouvait le deviner à ma place non plus … et parce que l’angoisse et l’anxiété font partie de mon quotidien depuis toujours, tellement que je ne les identifie même pas. Bref, je suis tout le temps contrariée et je l’accepte pour ne pas déranger. Vu de là, si tu as quelques notions quelconques, tu pourrais penser que je souffre d’un trouble de la personnalité border line. Alors vu de l’extérieur, certainement, sauf qu’il ne s’agit pas du tout d’un trouble psychologique, mais une particularité neurologique.

Il n’y a pas longtemps, j’ai passé quelques moments où cet état s’est calmé. J’avais un torticolis très douloureux et je suis restée 2 jours dans mon lit. J’ai lu 4 livres, j’étais bien, je n’avais pas à donner le change à qui que ce soit, c’était parfait. Et je m’adonnais à mon activité favorite parmi toutes (être allongée est aussi une activité favorite).

Cela fait des mois que j’essaie de découvrir qui je suis, et ce n’est pas simple. M’enfermer dans une grotte face au sud serait une solution envisageable (ou une cabane en forêt ?) mais je fais avec ce que j’ai.

Le 1er mars, c’était le jour de débriefing du test de Rorschach (ne regarde pas trop sur G**, c’est pas exactement ça en vrai). Débriefing explosif qui n’a fait que confirmer ce que j’arrivais à exprimer depuis quelques temps mais puissance 10 … oui, j’ai toujours l’impression de m’exprimer moins fort que ce que je ressens, et là c’est clair qu’il faut aussi tout redéfinir.

Alors, j’ai donc arrêté de me forcer.

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J’ai commencé à dire STOP à la fin de mon traitement de désensibilisation aux acariens. La date de fin c’était février et en gentille petite, confortée par le pneumologue, j’allais finir le stock de produits, au moins 3 mois de plus. NON C’EST TERMINE. Depuis 3 ans tous les matins, à jeun, tenir ce truc sous la langue en comptant jusqu’à 120 et attendre 20 minutes pour manger, well, c’est du passé.

J’ai ensuite dit STOP à demander à ma fille ce qu’elle voulait comme gâteau d’anniversaire. Le gâteau reine des neiges, c’était le dernier, il n’y aura plus de pâte à sucre dans cette maison. C’est moi qui fais le gâteau, je fais ce que je veux.

J’ai dit STOP à me trimballer en voiture à chaque instant. Cela fait un an que j’ai renoncé aux transports en commun pour éviter de trop stresser les filles le matin pour partir et pas rater mon bus. Bien entendu, d’autres sources d’angoisse ont remplacées celle de rater l’heure du bus :

-          Pouvoir devoir retourner à la maison si j’oublie quelque chose,

-          Faire des courses à la pause déjeuner (la seule chose positive a été de rentrer chez moi tous les midis dans ma dernière période décluttering) : c'est-à-dire devenir corvéable à merci et surveiller l’heure pour revenir à temps au bureau

-          Éclater des pneus

-        Arriver à me garer correctement (le créneau est impossible et le parking en bataille est une épreuve, je choisis toujours de me garer sur 2 places adjacentes)

-          Avoir quelques accrochages sans gravité mais qui ont fait sauter le prix de l’assurance

-          Faire une lessive le matin, l’étendre à midi et en charger une autre à étendre le soir

Le week-end dernier nous n’avons pas utilisé la voiture. Nous avons tout fait à pieds, métro et bus et nous n’avons renoncé à rien du programme. Nous avons pris le temps de nous promener, d’être bercées par le temps qui passe doucement.

* * * * *

Hier j’ai franchi un pas supplémentaire, qui m’a semblé nécessaire.

Une dame va s’occuper des filles le soir une ou deux fois par semaine :

-          Aller les chercher 1 heure avant moi pour avoir le temps de

-          Faire les devoirs

-          Jouer (Violette me reproche régulièrement de ne pas avoir le temps de jouer avec ses jouets)

-          Discuter avec une personne à l’écoute qui ne fait pas ne pense pas 36 choses en même temps

-          Mettre le pyjama

Et lorsque je rentre ces jours-là, je m’occupe du repas uniquement, je prends le temps avec elles et je les couche.

Cela devrait correspondre à une baisse de l’anxiété chez moi :

-          Faire une pause dans la confrontation au monde sauvage de l’école

-          Faire une pause dans le rythme effréné des fins d'après-midi

-          Faire mon aller-retour en bus dans lequel je reprends plaisir à lire sans me soucier du trajet

-          Rester au bureau à la pause déjeuner et un peu le soir, uniquement dans le but de travailler sur un projet personnel (ou marcher dès qu’il n’y aura plus de boue, mais déjà avec les transports en commun je fais mes 8 000 pas par jour).

-          Ne pas avoir l’esprit confronté à gérer les pensées de ces choses personnelles et celles des obligations familiales, car tout se bouscule tout le temps, mais ce sera l’occasion d’une autre dissertation

Nous faisons le test pour le mois de mars et nous verrons le résultat. Car bien sûr, la question de l’argent arrive en premier. Parce que j’ai calculé un budget. Parce que mes loisirs sont quasiment gratuits (c’est un effet secondaire de l’introversion et d’avoir des intérêts spécifiques loin des foules et de leur système de « payer pour avoir ») et que le Père Noël a été généreux pour les voyages. Parce qu’il y a des postes de dépenses qui devraient pouvoir être revus dans la mesure où ils ne participent pas à notre bien-être.

Rendez-vous dans un mois.