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La ruralié la plus profonde, celle où les rapports sociaux n'existent pas, où les alter-égaux sont les bêtes du troupeau, qui finissent égorgées. Où les enfants n'ont aucun modèle et sont livrés à eux-mêmes. Sans autre éducation que l'exemple par la mort et la violence, enfants remis à leur place comme le troupeau "guidé" par les morsures du chien. Pas d'amour, pas de respect, pas de dignité, pas de cadre pour se construire, pas de perspective d'avenir.

Les premières pages de ce livre violent me renvoient à Virginie Despentes. La cruauté est dans chaque phrase.

Dans "Je, François Villon", Jean Teulé expose, au Moyen-âge, cette absence de valeur de la vie humaine, il décrit les hommes torturés et tués comme on traite le bétail. Il y a des relents de cette histoire dans ce livre.

L'adolescence et l'implacable confrontation aux enfants de la ville et des villages. Toujours cette violence et cette difficulté à communiquer avec des gens qui n'ont aucun repère culturel commun.

"L'attrape-coeur" de Salinger fait l'effet d'un bonbon sucré comparé à cette descente aux enfers de l'adolescence. Je revois brièvement au détour d'une page Ewan McGregor plonger dans les toilettes de "Trainspotting" pour récupérer la came.

La vie ne vaut rien sauf si l'on décide d'être ce que l'on fait et choisir de s'incarner pour être un Homme. C'est l'électrochoc que reçoit le héros pour que tout redevienne possible et choisir la vie. Choisir la vie, lui redonner son caractère sacré et divin au lieu de suivre le troupeau à l'abattoir, sans projet, sans espoir et sans salut.

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Personnellement, au bout d'une trentaine de pages, j'avais les dents du fond qui baignaient dans le sang de l'agneau fraîchement égorgé pendant que le chat venait lêcher ses tripes fumantes. On dit souvent que si les abattoirs avaient les murs transparents tout le monde serait végétarien. Pas la peine d'aller si loin.

C'est la fin de l'anthropocentrisme. Anthropocentrisme où finalement l'homme ne serait pas supérieur à l'animal mais traité de la même manière que lui.

Moi aussi j'ai connu les scotchs pendus pour choper les mouches et la 4L où je regardais la route à travers les trous de rouille de la carrosserie.