Armel-Guerne

Voici un livre sur lequel portaient beaucoup de mes espoirs ... en effet, depuis toutes mes aventures, mes relations avec les gens, mes rencontres, mes germinations d'amour, je me suis souvent posé la question du romantisme. Les hommes aiment les femmes romantiques, voilà, c'est un truc qui me fait culpabiliser ++

 

Suis-je romantique ? C'est quoi être romantique ? C'est la couverture de ce livre, Caspar David Friedrich, Victor Hugo et Chateaubriand sans oublier Baudelaire. Cette dépression ou mélancolie qui te pousse chaque jour un peu plus près du bord de la fenêtre, tellement l'incompréhension du monde et l'absence de partage des sentiments est insupportable.

 

Alors je me suis dit que certains devaient confondre romantisme et sentimentalisme. Non, je n'aurai pas la larme à l'œil devant toi m'offrant des fleurs, j'apprécierai leur couleur, leur odeur, le velouté des pétales mais ... comment dire ... non, quoi.

 

Donc ce livre ! Un recueil de textes dont je vous livre plusieurs extraits.

 

« réfléchir les traits mortels dont le destin nous accable »

 

« Armel Guerne entend le Romantisme dans son sens véritable : la faculté de l’homme à dire « non ! ».

 

P 29 : « Car on ne devrait jamais l’oublier, la vie n’est pas un état mais un risque, et qui s’ouvre toujours plus. Grandiose. Une conquête qui n’en finit pas. Un « voyage » - au sens où Schubert l’a certainement vécu – mais un voyage incertain et dur, à la mesure de ceux, et de ceux-là seuls, qui sont capables de marcher.

Il vaut donc mieux, croyez-moi, ne pas trop se fier aux ruminants intellectuels qui vivent à la ferme, engrangeant le foin et la paille de leurs savoirs récoltés. Les hommes de cabinet, laissez-moi vous le dire, ne font pas de bons compagnons de route.

Vivent les hommes de plein vent ! »

 

Le voyage et la marche sont des thèmes qui me sont chers, moi qui prend le train, qui marche souvent (Jean-Jacques Rousseau encore), qui parfois, en regardant mon ombre sur le chemin, ai l’impression de porter une armure et de faire un pas après l’autre en disant non à tout ce qui se passe autour de ce mouvement.

 

Les textes parlent beaucoup de la langue allemande et de la difficulté pour les poètes de préciser leur pensée avec une langue matérialiste et rigide. Il parle p 64 d’une langue qui « porte à l’extérieur le signe peu discutable de son écriture barbelée qui brutalise le regard et arrache le fond de l’œil » et essaie de distinguer la langue du peuple allemand bourreau (lui-même déporté et torturé pendant la guerre).

 

 

P 159 (il parle de Gérard de Nerval) : «  Il sait qu’il a en lui la jeunesse de l’innocence ; mais il se sent plus âgé que le fond des âges, coupable de sa réalité tragique, incapable d’aimer sa personne, incapable de la haïr, toujours prêt seulement à la donner, mais ne trouvant plus que la mort à lui offrir, comme on célèbre des épousailles … On ne peut pas d’ici forcer les portes de la rédemption, mais on peut souffrir assez pour se vider de tout orgueil et se jeter d’ici, humblement, sur son seuil, mendiant un pardon dans ce geste muet qui rejette le monde à ce qu’il est afin de renouer enfin avec les plénitudes – Qui sait ? « Je n’aime plus le vin de la vie » Ces paroles qu’il n’a point écrites, sa douce voix les avait prononcées avec un voile de tristesse sous lequel on pouvait deviner combien aussi il avait pu l’aimer ! On ne sait pas assez combien la profondeur du malheur mesure exactement, chez ceux qui s’y engloutissent, la hauteur du bonheur dont ils étaient capables. « Je n’aime plus le vin de la vie !» avouait-il avec tristesse depuis des mois, comme étonné lui-même de ce dégoût qui l’endeuillait dans tous ses goûts, lassé de son combat, n’en pouvant plus, épuisé par ce retour tant de fois accompli déjà d’entre les griffes de la mort au sein d’un monde un peu plus fade à chaque fois. Un monde où, chaque fois, il se retrouve un peu plus seul, un peu plus insupportablement veuf des grandes vérités qu’il avait approchées ailleurs et autrement, si près de l’essentiel, et qu’il devient de moins en moins capable de quitter pour seulement donner le change à un monde qui n’est que le monde et qui vit comme il vit seulement parce qu’il les ignore.

 

On ne vit pas forcément dans le temps qu’on croit, et s’il faut bien se contenter des contemporains qu’on y a, ce ne sont pas forcément ceux-là qui sont les frères dont on a tant besoin. Si nous lisons communément que tel génie « était en avance sur ton temps », ce n’est là qu’une commodité de langage et une imbécilité conventionnelle : aucun homme ne peut être en avance sur le temps qui le voit naître ; ce sont tout simplement les autres qui sont en retard, ne considérant les choses qu’à partir du moment où elles ont eu lieu. Depuis qu’elle se prétend objective, l’humanité vit à reculons ; mais chaque fois qu’on repasse un peu à la flamme les idées reçues, on ne trouve que des cendres et il faut, à nouveau, tout réinventer. Trop malcommode pour des gens qui se disent d’expérience, et qui ne sont que des gens d’habitudes. Le poète est d’une autre trempe, voilà tout. »

 

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Conclusion : je suis une grande romantique ... laissez moi une minute, je vais me faire installer une fenêtre.

 

Quelques liens (que je n'ai pas encore visionnés, c'est sur ma todolist)

 

http://www.franceculture.fr/conferences/reunion-des-musees-nationaux-grand-palais/peut-encore-mourir-damour

 

http://www.franceculture.fr/conferences/peut-encore-rever-dans-un-monde-prisonnier-du-reel