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Ne me demandez pas comment je suis tombée sur ce roman, je ne m'en souviens pas moi-même mais c'est certainement au cours de mes recherches sur le féminisme sur le net.

Alors, oui, si vous cherchez, vous trouverez que ce récit a fait scandale en son temps, Henri Miller a écrit la préface, ça date de 1973, les moeurs ont bien évolué depuis et le scandale n'est plus là. Il n'en demeure pas moins qu'il est un témoignage éclairé sur la condition féminine, par rapport au mariage, à la maternité et au sexe.

Le personnage principal se pose de très bonnes questions, mais à mon sens ne va pas "au bout" mais pour l'époque je pense que c'est d'avant-garde, surtout aux Etats-Unis.

En voyage à Vienne avec son mari psychanalyste, Isadora quitte tout pour suivre un Anglais à travers l'Europe. Elle tient un journal, mais son aventure est surtout le prétexte à livrer des souvenirs et des réflexions sur ses mariages et sa famille ainsi que sur sa place dans la société en tant que femme.

J'ai adoré le style (même si c'est une traduction) des confidences faites à un journal.

Je vous en livre quelques extraits :

P116 : "Mais qu'est-ce que le mariage a donc de si extraordinaire ? J'étais passée deux fois par là. La chose a du bon, mais aussi du mauvais. Les vertus du mariage sont essentiellement négatives. Pour une femme, rester célibataire en ce monde masculin est une telle bagarre que mieux vaut n'importe quoi. Même le mariage. Pourtant ... Rudement futée, me disais-je, cette façon dont les hommes se sont arrangés pour mener la vie si dure aux femmes célibataires que, pour la plupart, elles sont toutes heureuses de se marier, même mal. Oui, n'importe quoi, ou presque, semble valoir mieux que d'avoir à se battre pour mendier son pain dans un emploi mal payé, et à se battre encore, le reste du temps, pour tenir à distance les hommes que l'on n'aime pas, tout en s'efforçant désespérément de ferrer ceux qui l'on aime. Je ne doute pas que le célibat soit une solitude aussi grande pour le célibataire - moins, tout de même, le rude inconvénient supplémentaire du danger en permanence et le fait que cela n'entraîne pas pour lui, automatiquement, la misère, et , socialement, le statut de paria."

P141 : " DE L'HISTOIRE ET DE LA LITTERATURE CONSIDEREES SUBJECTIVEMENT A L'AGE DE SEIZE ANS

I

Dorian Gray avait le cheveu chantourné dans l'or blond.

Rhett Buttler avait tout : la beauté, le panache et le front.

Julien Sorel connaissait tout des passions.

Le comte Vronsky étant charmant de slave façon ...

Pour eux je me ferais joie de ma damnation,

Si tous dans leurs romans ils n'avaient tant d'occupations.

II

Juliette à seize ans par sa mort réconcilia Vérone.

Nana connut le Tout-Paris des bars et des ivrognes.

Hélène fut, dit-on, la perdition de mille flottes.

Salomé pour triompher n'eut qu'à montrer sa culotte.

Esther sauva son peuple par l'effet de sa beauté.

La gloire de Marie par tous les clochers est chantée.

Louis dut d'avoir tête tranchée à sa reine bergère.

Mais de mes seize années le monde ne se soucie guère.

La métrique est un peu heurtée, mais le message, clair. Nous nous fussions fait joie de notre damnation, si seulement nous avions pu trouver les hommes dignes de nous voir nous rouler à leurs pieds."

P238 : "Vous n'êtes pas une secrétaire, vous êtes une femme poète. D'où vous vient l'idée que la vie va se dérouler sans complications ?"

P244 : "C'est seulement à partir du moment où il est interdit de parler de l'avenir que l'on se rend soudain compte de la place énorme qu'il prend dans le présent, de la part énorme de la vie quotidienne que l'on passe d'ordinaire à tirer des plans et à tenter de prendre en main le futur. Et peu importe la vanité de la tentative - l'idée d'avenir est notre meilleur divertissement, notre meilleur amusement, notre meilleure arme pour tuer le temps. Qu'on vienne nous l'ôter, et ne reste plus que le passé - et peut-être un bouclier contre le vent, souillé d'insectes morts." (elle parle parle du pare-brise de la voiture)

P344 : "N'y avait-il pas d'issue ? Le monde entier était-il la proie de la solitude ? L'inquiétude, la bougeotte, faisaient-elles parties de la vie ? Valait-il mieux se ranger à cet ordre de chose que de continuer à courir après de fausses solutions ? Le mariage ne guérit pas de la solitude. Les enfants poussent et prennent le large. Les amants ne sont pas la panacée. Le sexe n'est pas une solution définitive. Si l'on fait de sa vie une longue maladie, alors il n'y a d'autre remède que la mort ... Brusquement tout devenait d'une clarté aveuglante. Allongée sous cette tente, dans ce sac à viande pour deux, au côté de ce ronfleur qui m'était étranger, je me perdais en réflexions de toutes sortes. Et maintenant ? Comment mener ma vie ? Où aller en partant d'ici ?"

* * * * *

Pour aller plus loin et actualiser les réflexions de l'auteur, je vous propose ces lectures :

http://www.crepegeorgette.com/2016/02/02/consentement-feminin-heterosexualite/

http://www.crepegeorgette.com/2013/06/17/sexualite-heterosexuelle-sexiste/

http://www.crepegeorgette.com/2013/08/07/lheterocentrisme-ou-lobligation-du-rapport-penetratif/