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Voilà je me suis lancée cette année, étant « sans enfants » le week-end du marathon des mots. Entre kermesse, fête de l’association sportive et ciné, et lessives et ménage et repas à préparer, je n’ai pas chargé la mule et je ne me suis déplacée qu’à un seul rendez-vous : « l’un et l’autre » avec Dany Lafferière et Alain Mabanckou.

Je te laisse aller sur wikiprout découvrir qui sont ces deux écrivains, amis depuis 25 ans, l’un originaire d’Haïti, l’autre du Congo. Des écrivains francophones avant tout.

Il a beaucoup été question de l’Afrique, de ce racisme même entre intellectuels de classer les écrivains africains d’un côté et les francophones non africains de l’autre et de plein d’autres sujets dont nous, occidentaux-européens-colonisateurs ne sommes pas sortis grandis.

Je ne connaissais que Dany Lafferière, invité de la Grande Librairie avec Jean d’Ormesson, et j’avais aimé la conversation de ces deux personnages.

Ces conversations intellectuelles m’ont longtemps manqué. Etudiante, je ne ratais pas les séances de dédicace de Jean d’Ormesson à Montpellier et quelques conférences qui suivaient. Sans compter la densité des cours magistraux en amphi. Les discussions à bâton rompu pour refaire le monde, réciter des vers et citer des auteurs célèbres pour l’embellir … tout ça s’est arrêté un peu brusquement dans ma vie et m’a toujours manqué. Oui, travailler occupe et avoir des enfants aussi. Aujourd’hui j’ai la possibilité de me rattraper, alors si la bonne compagnie se faire rare et préfère souvent rester muette …, je me contente de ne pas partager mes envies et mes plaisirs et je pars me remplir de toute cette beauté, cette réflexion sur le monde, sur ma place ici, que selon moi on ne peut pas réduire au terme « art ».

Ces gens qui brillent et qui par conséquence m’éclairent.

Et quand Dany Lafferière a mangé le kiwi avec la peau en croquant dedans, j’ai pensé aux filets de rougets qui m’attendaient dans mon réfrigérateur. C’était l’heure, au moins celle de l’apéro et j’étais ravie de poursuivre cette nourriture intellectuelle avec cette chair légèrement rosée, cuite à point et relevée de piment d’Espelette juste ce qu’il faut.

Alors oui, poursuivre la discussion dans un bar à tapas avec un verre de rouge aurait été beaucoup plus jouissif, mais … telle est ma Really Wild Life que je ne peux partager malheureusement avec personne.

C’est quand j’ai répondu à des questionnaires et notamment celui-ci (l’autre est sur l’ancien blog, il faudrait que je le ressorte) que je me suis rendue compte à quel point je pouvais faire remonter les souvenirs de loin. J’en ai ressentie de la mélancolie, comme si ce n’était pas moi.

Dire « marathon des mots » en public s’est révélé être très difficile, plus difficile que « bite » et l’effet est exactement le même. Dire que je ne suis pas entourée des bonnes personnes …, c’est pas faute d’en rechercher, on va dire que je suis socialement très bien entourée mais que ce n’est certainement pas suffisant pour mon épanouissement personnel.

La réaction a été identique avec « Woody Allen ».

Mon premier grand effort a été de m’atteler à la lecture des textes de Rousseau et Voltaire, en mars, à un moment où s’est révélée à moi cette idée que je n’étais pas seule à penser, non seulement ce que je pense, mais à penser tout court, à vouloir l’exprimer, le partager et réfléchir. Ce levier (ma fenêtre …) m’a révélée à moi-même. Assez brutalement mais efficacement puisque ça m’a bien réveillé les neurones, et que j’ai retrouvé mes motivations principales dans la vie sans faire de faux compromis, de demi-choix, vivre les choses en entier et puis c’est tout.

Ca s’est particulièrement révélé dans cette histoire d’accepter de ne pas choisir le film, vraiment quelle horreur, comment ai-je pu tomber si bas, plus jamais s’il vous plaît ! Oui, si tu veux … non merci, quitte à me faire chier je vais le faire toute seule et gratuitement et peut-être même que ce sera tout sauf chiant, fais-moi confiance, adieu.

Comment ça bel état d’esprit ? C’est la phase du moment, la phase n°3 de ma Really Wild Life et si ça en reste là, et bien on retrouvera mon corps dévoré par des bergers allemands, c’est comme ça.

Depuis le 25 juin je joue du piano au moins 1/2h par jour, le soir lorsque les filles sont couchées ou bien pendant qu’elles sont dans le bain. Un isolement qui me fait du bien (et mal à mon auriculaire gauche, c’est le prix à payer). Je ne tiendrai ce rythme que parce que je suis seule régulièrement et je compte bien progresser même si les débuts sont assez éprouvants au niveau de la souplesse. Bref, je recommence depuis le tout début. Je sais que bientôt je serai bien plus à l’aise.

Yapluka me mettre à faire des planches aussi.

 La nuit n'est jamais complète.
Il y a toujours puisque je le dis,
Puisque je l'affirme,
Au bout du chagrin,

Une fenêtre ouverte,
Une fenêtre éclairée.
Il y a toujours un rêve qui veille,
Désir à combler,

Faim à satisfaire,
Un cœur généreux,
Une main tendue,

Une main ouverte,
Des yeux attentifs,
Une vie : la vie à se partager.

 Paul Eluard